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Centrafrique : Comment peut-on continuer de croire à un pouvoir qui a laissé tant de malheurs s’abattre sur son peuple?

Le président Touadera avec son premier ministre Sarandji

Par Mark Karandeu LEBARON

Le Centrafrique traverse des moments difficiles. On l’avait dit depuis des mois mais confortés dans leur position de pouvoir, les teneurs du régime en place l’ont chaque jour nié. Dans un premier temps, le soutien absolu des alliés politiques leur permettait toutes les arrogances mais comme on le sait, lorsqu’il s’agit de misère, l’on n’à point besoin de baromètre pour le savoir : ça se vit et se lit sur les visages.

Dans leur anxiété́ angoissante, les centrafricains sont depuis des mois gagnés par le pessimisme, et par la torpeur, torturés et envahis par l’appréhension des lendemains incertains. Une misère ne se cache pas. Le régime en place a beau aimer nier la réalité d’une crise dans le pays, les humanitaires, ont fini par envahir le pays pour porter assistance à des populations en détresse.

Et depuis près de deux ans, Touadéra a beau aimer nier l’exode des populations à la recherche d’un mieux-être hypothétique, ou nier le malheur des centrafricains dans le pays, la triste réalité contracte avec le discours officiel avec toujours, comme pour le démentir, des populations qui meurent dans nos provinces et à Bangui la vie semble devenir très difficile comme ce n’est qu’une poigne des gens vivent bien.

La Centrafrique, sous la conduite « éclairée » de nos voisins est devenu presque invivable. Pour ainsi dire, le Centrafrique ne s’est jamais aussi mal porté ou point où certains étaient arrivés à regretter certains régimes. Qui pouvait croire que les voisins puissent être des incapables ? Et surtout perpétuer le mal, la mal-gouvernance, à développer la corruption, à l’affiner et à la systématiser ? Qui pouvait croire qu’avec eux, les détournements allaient devenir une marque déposée de la Renaissance ; que ceux-ci allaient enrichir une clique, élite privilégiée au détriment du peuple meurtri ; que ceux-là allait creuser les écarts entre riches et pauvres, sans jamais être capable de partager, de soulager, dans un élan de solidarité́ ainsi que le prêche l’éthique d’une idéologie hélas altérée et falsifiée sous les tropiques.

Il a fallu seulement deux ans de gestion gourmande, ʺprébendièreʺ, pour que les voisins nous plongent dans la crise et depuis le pays se débat, s’embourbant dans le chaos où nous sont conduits et précipités une camarilla qui a agi presque en bande de gangs pour braquer l’Etat, sans que jamais les syndicats, ou si l’on veut les centrales, la société civile s’il en existe, ne daignent élever la voix, pour dénoncer la mal-gouvernance.

C’est ainsi que par ces silences complices et ces passivités qui ne pouvaient pas être innocentes, le mal s’est empiré dans le pays. Et la crise s’est d’autant plus aggravée qu’elle est aujourd’hui multidimensionnelle et personne ne croit plus que les voisins soient capables de la juguler surtout en un moment où face aux immenses défis, ils doivent aussi faire face à une crise interne qui serait au bord à nouveau de l’éclatement. Comme quoi, un malheur ne vient jamais seul…

Pour mesurer l’épaisseur de la crise, il faut passer au crible tous les secteurs de la vie nationale gravement affectés qui montrent partout des signaux rouges. Tous les secteurs sont en panne, y compris la corruption qui s’est développée sous le régime, d’autant que l’argent a fini par se faire rare, comme dirait l’autre, dans le pays, chacun se cherche…

Et la crise n’est pas en passe de se régler. Il y a des problèmes en suspens. La situation, comme on peut le pressentir ne peut que pourrir avec un gouvernement qui n’aime que la bagarre avec les ennemis de la paix, préférant l’affrontement au dialogue sans issue. Tout est donc sombre pour l’avenir du pays.

Au niveau de Gouvernance politique et démocratique

A ce niveau, c’est l’échec total. Pour s’imposer sur l’échiquier, les voisins ont cru qu’il leur fallait bannir toute autre personne qui ne les suivrait pas. Ainsi, est- on arrivé à ces harcèlements dignes des régimes d’exception où, par la force, l’on tente de museler toutes les voix bavardes qui empêchent de régenter la société. On a alors foutu le bordel dans les partis politiques, encourageant et instrumentalisant les dissensions.

La démocratie est louvoyée et dans la nation et dans ce qui est supposé être un Etat de droit, ceux qui ne sont pas avec le pouvoir n’ont droit qu’à la persécution, à l’isolement. Jamais une démocratie n’a été́ aussi malmenée qu’avec les voisins, ceux-là̀ mêmes qui, en d’autres temps, s’étaient faits les chantres de la bonne gouvernance. Or, cette autre attitude ne peut que crisper la situation politique déjà̀ très tendue, pour ne présager rien de bon que la chienlit dans le pays.

Il y a pourtant des fissures visibles qui auraient pu dicter au régime, plus de tact, à se ménager soi-même pour éviter aux centrafricains des turbulences dont on aurait pu se passer. Il est dommage qu’au lieu de se mettre à travailler, à poser des actes concrets pour le mieux-être des centrafricains, le régime passe tout son temps à bousculer un autre, à imposer ses choix, et finalement à oublier le travail pour lequel, comme, il aime à le dire, le peuple l’aurait élu.

Est-ce pour acculer et bannir des opposants dans la nation qu’on est élu ? Bref, la Renaissance, est venue pour autre chose que pour le Centrafrique, pour s’enrichir et « tuer » la démocratie. Le « Lion » devant dominer le Centrafrique, pour ne laisser aucun espace à un autre… Nous vivons donc une démocratie des malaises.

Au niveau de l’environnement social

Les injustices, les mensonges, l’exclusion dans la gouvernance actuelle ont fini par pousser les centrafricains, lorsque la justice semble ne plus les rassurer, à un certain extrémisme. Et les colères se sont amplifiées dans le pays. Ça grogne de toute part. Le tissu social est douloureux et jamais certains clivages n’ont remonté à la surface, tenus et défendus dans les discours officiels par des politiques.

Le débat politique lui- même est rabaissé à l’insulte roturière, dès lors que pour abattre un homme, officiellement, il était devenu possible et normal d’attaquer un adversaire dans sa vie privée, dans sa famille, le jeter même à la raillerie du monde, oubliant qu’il lui reste, même opposant, une part de dignité́ à sauvegarder lorsqu’on est un politique civilisé, même lorsqu’on n’a appris dans la vie qu’à nuire et à blesser.

Donc la politique en Centrafrique, sous la conduite « éclairée » était devenue celle-là̀ : cette politique de la nuisance, de l’injure facile, de la détestation bestiale. Personne, dans le pays, ne pouvait élever la voix pour interpeller sur les dérapages, pour rationnaliser, apaiser, civiliser et humaniser notre débat politique. La politique en Centrafrique, depuis quelques temps est devenue une histoire de haines, souvent recyclées, redistribuées.

Au niveau de la crise

La crise en Centrafrique s’est finalement dédoublée face aux échecs du régime, les villages sont désolés, gagnés par les tueries, la faim que ne cesse pourtant ne nier le régime avant de reconnaitre la réalité de la crise, pour laquelle, il se résigne à appeler les partenaires à lui apporter secours. Et l’on se demande comment peut-on continuer à croire à un pouvoir qui a laissé tant de malheurs s’abattre sur son peuple, ne lui laissant aucune espérance? La classe politique comptable ?

Quand une crise frappe un peuple, aucun autre ne doit se mettre en marge. Cependant, pour quelques calculs, l’on peut s’y dérober. Mais l’histoire jugera. A chacun donc de s’assumer.

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