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RCA: l’accord de Khartoum bafoué par les chefs rebelles, conseillers militaires nommés par Touadéra et Ngrébada

Par Moussa Ango-Brotto

De gauche à droite: Sidiki de 3R et Ali Darass de l’UPC

 

L’accord de paix de Khartoum est entrain d’être bafoué par certains groupes armés, malgré des dispositions pertinentes prises dans les textes dudit accord. La semaine du 20 mai 2019 a été marqué par plusieurs événements en Centrafrique qui démontrent à quel point les groupes armés ne sont pas prêtent pour un véritable retour de paix dans le pays. Le cas du mouvement Retour Réclamation et Réparation (3R) de Sidiki qui a massacré au moins près de 40 civils dans plusieurs villages au nord de la Centrafrique le mardi dernier et d’Ali Darassa ministre conseiller militaire à la Primature, chef du groupe armé UPC qui, le lundi dernier descend personnellement sur le terrain pour racketter.

D’après le quotidien Médias Plus, le ministre conseiller militaire à la Primature Ali Darassa, chef du groupe armé UPC, serait dans tous ses états depuis le week-end dernier lorsqu’il a vu que les recettes illicites de la semaine qu’on lui a amenées se sont réduites comme peau de chagrin. Interpellé sur la situation, son complice le mercenaire peul ouddah du Tchad nommé Dogo Ousmane, ci-devant comzone UPC de Ippy dans la Ouaka, lui aurait expliqué simplement que des gros véhicules transportant des vivres en provenance de Bria et une partie de Ippy auraient refusé de verser les taxes qu’on leur imposaient, arguant que cette pratique a été interdite et annulée par l’Accord de paix de Khartoum que lui-même Ali Darass avait signé.

En écoutant cela, le ministre-mercenaire de Touadéra a piqué une vive colère et a décidé de se rendre personnellement à Ippy pour percevoir «ses taxes». Entre temps, il a donné des instructions pour que tous les véhicules passant par Ippy en provenance de Bria ou Bambari, soient bloqués jusqu’à son arrivée.

Ainsi, Ali Darass en personne a été aperçu à Ippy le lundi 20 mai dernier à la base de l’UPC puis à côté des véhicules de transport des marchandises et des personnes qu’il contrôle personnellement. Ali Darass aurait imposé à tous les propriétaires de sacs de manioc de payer 5.000 FCFA par sac, et aux propriétaires de sacs de viandes boucanées ou de gibiers de brousse de payer 25.000 FCFA par sac.

N’ayant pas d’argent pour payer ces taxes illicites, injustes et immorales, la plupart des passagers ont préféré abandonner purement et simplement leurs sacs de manioc et/ou de gibiers pour continuer leur chemin les mains nues.

Le comportement d’Ali Darass et ses hommes est constitutif de violation de la liberté d’aller et venir, du droit des personnes déplacées de regagner leurs domiciles…

A titre de rappel, voici les pertinentes dispositions de l’Accord de Khartoum qui sont violées par Ali Darassa et bien d’autres groupes armés signataires.

  1. Principes pour un règlement durable du conflit

Article 1er: Les Parties réitèrent leurs engagements sur les principes ci-après:(…)

  1. Respect des droits de l’homme, de la dignité humaine et des libertés fondamentales et religieuses;
  2. Lutte contre la corruption et l’impunité. (…)

III. Engagements des groupes arm2s

Article 5: Les groupes armés, pour leur part, s’engagent à:(…)

  1. Renoncer au recours aux armes et à la violence pour faire valoir toute forme de revendication, qu’elle soit politique, sociale ou économique et, par conséquent, mettre fin de manière immédiate, complète et irrévocable à toutes les hostilités et formes de violence entre eux, contre les agents de l’Etat, les Forces de Défense et de Sécurité, les personnels de l’ONU et tous les acteurs humanitaires, ainsi qu’aux exactions sur les populations civiles, les éleveurs et agriculteurs sur toute l’étendue du territoire national. (…) (…)
  2. (…) Ne pas obstruer la libre circulation des personnes et des biens, et ne pas entraver l’acheminement de l’aide humanitaire par des agences et organisations humanitaires sur toute l’étendue du territoire national.(…)

Annexe 1: Mise œuvre de la cessation des hostilités et des arrangements sécuritaires temporaires

1-Conformément aux dispositions du présent Accord, les groupes armés s’engagent à observer dès la signature de l’Accord, une cessation immédiate, complète et irrévocable des hostilités et de tout acte de violence entre eux et à l’égard des autorités de l’Etat, ainsi que toutes exactions sur les populations civiles, les éleveurs et les agriculteurs, sur toute l’étendue du territoire national. A cet effet, les Parties, et singulièrement les groupes armés vis-à-vis de leurs forces, s’engagent à lancer solennellement, dès la signature de l’Accord, un ordre inconditionnel et public de cessation des hostilités, et à promouvoir en  leur sein, les valeurs de respect et de la protection des droits de l’homme, sur toute l’étendue du territoire national, en vue de mettre fin à tout acte ou toute autre forme de violence, de blocage et de sabotage.

(…)

2-Les parties conviennent que cette cessation immédiate, complète et irrévocable des hostilités les engage à s’abstenir scrupuleusement de:

(…)

b-Tout acte entravant le retour volontaire dans leurs foyers de tous les réfugiés et personnes déplacées, dans la dignité.

(…)

3-Dans un souci réitéré de créer les meilleures conditions favorisant la mise en œuvre diligente de l’Accord, les groupes armés s’engagent également à s’abstenir scrupuleusement de:

(…)

c-La mobilisation, le déploiement ou l’utilisation de forces militaires de manière à pouvoir répandre la peur et semer la terreur au sein de la population civile;

(…)

f-Tout acte entravant la libre circulation des personnes et des  biens, y compris l’érection de barrières illégales et la perception de taxes illicites;

(…)

h-tout acte obstruant le redéploiement des fonctionnaires et des responsables publics, des Forces de Défense et de Sécurité ainsi que la fourniture de services sociaux de base » (fin).

Le Comité de suivi de l’Accord de Khartoum a du pain sur la planche pour amener les diables à visage humain comme Ali Darass à respecter leurs propres engagements contenus dans l’Accord de paix et de réconciliation paraphé à Khartoum le 4 février et signé à Bangui le 6 février, après que chaque groupe armé signataire dont l’UPC d’Ali Darass a reçu 15.000 € soit environ 10 millions de francs CFA.

Wait and see.

Source: MEDIAS+

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