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Centrafrique : la fermeture de la SUCAF entraîne la pénurie et l’importation frauduleuse du sucre

Les cadres de la SUCAF@Erick Ngaba

Les cadres de la SUCAF@Erick Ngaba

Par Erick NGABA

Bangui 15 juillet 2018-Ndjoni Sango: Fermée pour non-paiement des impôts depuis deux semaines passées, la sucrerie centrafricaine (SUCAF) n’a pas aujourd’hui latitude de vendre le sucre en dépit des stocks dans son entrepôt. Cette fermeture entraîne aujourd’hui sur le marché centrafricain une pénurie et l’importation frauduleuse du sucre.

Depuis la fermeture de la SUCAF, l’unique société de production du sucre en Centrafrique, la pénurie du sucre se fait sentir sur le marché dans le pays. Les vendeurs et consommateurs commencent à grincer les dents et s’inquiètent de la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui la SUCAF suite à la décision de l’administration fiscale de fermer les portes de cette société pour non-paiement des impôts.

A cette pénurie s’ajoutent les fraudes sur l’importation du sucre qui échappe au contrôle de l’administration fiscale et aussi les pertes qu’encaisse la SUCAF en termes de bénéfice.

«Dans les deux semaines que nous avons fait l’objet de la fermeture des portes de la SUCAF, on a perdu plus de 490 millions FCFA. C’est énorme. A cette occasion des sucres rentrent frauduleusement sur le marché national, en provenance des deux Congo, et du Cameroun à des prix dérisoires. Il y a plus de 5000 tonnes du sucre à Zongo en RDC qui rentent à Bangui par petite quantité 10 et 15 sacs sur les pirogues. On a envoyé des forces de l’ordre qui ont saisi 14 sacs pour preuve. C’est un manque à gagner pour l’Etat. Puisque les fraudeurs ne paient des taxes », a fait savoir le Directeur du site de la SUCAF à Bangui, Martin Akem.

Dans ses entrepôts, la SUCAF dispose de 6260 tonnes du sucre en stock, 1462 tonnes à Bangui, et 4800 tonnes sur le site à Ngakobo. A écouter les cadres de la SUCAF, les négociations entre la société et le gouvernement se poursuivent en vue de trouver un terrain d’entente.

Pour l’importation du sucre sur le marché centrafricain, la SUCAF a signé un protocole d’accord avec l’Etat centrafricain l’autorisant à importer 80% du sucre de la différence de sa production en Centrafrique. Les 20% sont octroyés à cinq opérateurs économiques nationaux qui ont labilité d’importer 4% chacun selon le quota. Or, il est fait remarquer que d’autres opérateurs non autorisés importent frauduleusement du sucre depuis les pays limitrophes de la Centrafrique.

« Il n’y a que cinq opérateurs économiques en Centrafrique qui ont l’autorisation d’importer le sucre. D’ailleurs, le sucre est un produit sous surveillance. Pour importer le sucre, il faut écrire au ministère du commerce. Il faudrait que l’organe de régulation du sucre siège sur cette demande pour examiner si le demandeur est en règle avant d’octroyer l’autorisation d’importer », a expliqué Martin Akem.

La fermeture de la SUCAF a par ailleurs des conséquences sociales. De l’emploi aux actions sociales, la société contribue à la baisse de chômage dans le pays et apporte de l’assistance à la population démunie. C’est ce qu’a indiqué le Chef de service des ressources humaines de la SUCAF, Flavien Nzapaozo qui préconise l’ouverture des entrepôts en attendant les négociations.

« La SUCAF a embauché 1600 employés dont la majorité se trouve sur le site de l’usine à Ngakobo. Et face à cette situation où on ne vend pas, la société est en train de mener une démarche pour déposer l’ensemble de son personnel en chômage technique. Vous savez, chez nous, un employé peut nourrir au moins 10 personnes. Si vous prenez plus de 1000 employés, cela va faire plus de 10000 personnes qui vont subir cette fermeture. Au niveau de Ngakobo, la SUCAF distribue de l’électricité et de l’eau 24h/24h à travers son personnel. Elle assure également la sécurité des personnes déplacées sur le site à Ngakobo à travers le déploiement des agents de sécurité qui est assuré par la société. C’est grâce au centre de santé de la SUCAF que la population de Ngakobo bénéficie de la gratuité de soins », a expliqué le Chef de service des ressources humaines de la SUCAF.

D’après ce responsable des ressources humaines, l’Etat encaisse également les conséquences durant la période de la fermeture de la SUCAF. Car, a-t-il renchérit, la société prélève sur le salaire du personnel des impôts, IAPP, les cotisations sociales pour verser à la Caisse nationale de la Sécurité sociale (CNSS), les taxes pour verser à l’Agence centrafricaine pour la Formation Professionnelle et l’Emploi (ACFPE), les CDS.

« Ce n’est pas moins de 20 millions que la SUCAF verse mensuellement dans la caisse de l’Etat. Nous de notre côté, nous supplions l’administration fiscale de changer cette option de fermer les dépôts, d’ouvrir d’abord les dépôts pour que la SUCAF vende et les négociations se poursuivent pour voir la possibilité de recouvrir le montant réclamé », a plaidé Flavien Nzapaozo.  

La SUCAF a été fermée le 28 juin dernier par les services de l’impôt qui réclament la somme de 300 millions de Francs CFA en termes de TVA. La loi des finances 2017-2018 a augmenté le TVA de la SUCAF de 5% à 19%. Avec cette augmentation, le Directeur du site de la SUCAF à Bangui a estimé que le prix du sucre va connaitre aussi une augmentation de 34.000 francs CFA à 39.000 francs CFA le sac.

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