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La Minusca, une mission incompatible à la crise centrafricaine

Par Erick NGABA

Les casques bleus de la Minusca repliés dans leur base et portent secours aux civils venant trouver refuge dans leurs bases durant les violences armées

EDITORIAL

Bangui 8 février 2020–(Ndjoni Sango): Si aujourd’hui, les hostilités et les affrontements armés dont font les frais les civils, se poursuivent en Centrafrique, c’est parce que le mandat de la force onusienne chargée de la sécurité du pays n’est pas compatible à la nature profonde du conflit centrafricain. Il y a deux raisons qui le prouvent.

« Une opération de maintien de la paix n’est ni une armée, ni une force antiterroriste, ni une agence humanitaire, c’est un outil qui vise à créer un espace pour une solution politique nationale », Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations Unies (Conseil de sécurité, 29 mars 2018).

Cette boutade de Guteres est la première raison qui démontre à suffisance les limites des casques bleus onusiens de pouvoir assurer la protection des civils, particulièrement en République centrafricaine. La République centrafricaine est un pays fragilisé par le conflit armé à la suite de coup d’Etat de l’ex-coalition rebelle de la Seleka en mars 2013, contre le régime de François Bozizé. Les civils deviennent des cibles à chaque attaque des groupes armés dans le pays.

Assurer la protection des civils est un refrain que la Minusca, une opération de maintien de paix de l’ONU, ne cesse de chanter. Mais comment assurer cette sécurité durant les affrontements armés qui font fuir les civils, du moment où la Minusca n’est pas une mission armée? Comment peut-elle faire assurer la sécurité des civils si elle ne peut pas intervenir militairement comme une opération armée de maintien de la paix ?

Les civils ne cessent de tomber sous les balles des groupes armés quand il y a des violences armées dans les villes du pays. Le pays connaît un nombre important des déplacés internes et extérieurs, faute de la protection militaire.

La seconde raison, c’est la passivité dans l’intervention des casques bleus de la Minusca au moment de l’éclatement de la violence armée. Quand il y a affrontement, les casques bleus se replient dans leurs bases. L’on constate l’absence des patrouilles de dissuasion sur les théâtres d’opération lorsque les violences éclatent. Les casques n’interviennent que quand il y a cessation des affrontements, dans l’objectif pour eux est de constater les dégâts afin d’en faire un rapport pour la hiérarchie.

Parfois, les cadres de la Minusca rapportent que certains contingents n’obéissent qu’aux états-majors respectifs de leurs pays. Ces contingents attendent souvent les ordres venant de leurs pays avant d’intervenir.

Alors que la Minusca dispose des moyens de guerre, en hommes et en matériels, pour faire face aux défis sécuritaires. Si la Minusca est une opération de maintien de la paix qui n’est ni une armée comme nous le faire croire le Secrétaire Général de l’ ONU, pourquoi déployer des forces militaires bien équipées au sein de cette mission en RCA ?

La population centrafricaine a toujours décrié la passivité, les limites et l’incapacité de la Minusca à intervenir pour sauver les civils durant les attaques armées. Cette préoccupation de la population devrait permettre à l’ONU de définir clairement la nature du mandat de la Minusca.

Si la Minusca se voit dans l’incapacité de protéger les civils en RCA, mais pourquoi maintenir l’embargo sur les armes qui pèse sur les Forces Armées centrafricaines (FACA) tant sollicitées par la population?