Centrafrique : L’année 2017, une année sanglante pour les civils selon MSF

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Alkhatim et les éléments Seleka à Bangui en 2013

Alkhatim et les éléments Seleka à Bangui en 2013

Par Erick NGABA
Bangui 23 février 2018 (Ndjoni Sango) : L’année 2017, est une année meurtrière en République centrafricaine qui a connu des niveaux de violence à l’encontre de la population civile rappelant les mois les plus sanglants du conflit ayant ébranlé le pays en 2013-14. D’après le Médecins Sans Frontière, des dizaines d’attaques ont notamment eu lieu contre des structures médicales, privant la population de soins médicaux vitaux.
L’année 2017 en République Centrafricaine décrit par MSF comme une année de pire désastre sécuritaire et humanitaire du fait des attaques des groupes armés qui tuent à outrances les civils.  Dans les villes de Batangafo, Bangassous et Zémio par exemple, l’organisation médicale, a révélé une histoire poignante d’une victime des affres créées par des groupes armés.
« La première balle a touché une fille de treize ans. Je me suis jetée à terre alors qu’ils continuaient à tirer. Une balle m’a touchée à la cheville. Ils tiraient vers l’entrée, où un garçon de deux ans a été tué », a raconté Christelle. Christelle, 24 ans, ne s’est pas encore tout à fait remise de l’attaque menée par des hommes armés à l’extérieur de l’hôpital de Batangafo, au nord de la République centrafricaine (RCA), le 8 septembre 2017, citée par MSF.
Un mois plus tard, l’hôpital de Zémio a de nouveau été le théâtre d’une fusillade, alors que 7 000 personnes s’y étaient réfugiées pour fuir le conflit. Cette attaque a été un tournant décisif pour les 22 000 habitants de Zémio. Tous ceux qui étaient en mesure de traverser la frontière se sont réfugiés en République démocratique du Congo (RDC).
« J’essayais de cacher une famille des hommes armés qui venaient de pénétrer dans l’hôpital lorsque deux d’entre eux nous ont trouvés », raconte Debra, membre du personnel de MSF qui a assisté à une attaque dans l’hôpital de Zémio, dans le sud-est de la RCA, le 11 juillet. « Ils ont pointé leurs armes sur nous et ont tué un bébé que sa mère tenait dans ses bras»
Depuis mai 2017, la situation s’est détériorée à Bangassou, ce qui a entraîné une fuite massive de la population en RDC voisine. Environ 2 000 déplacés se sont réfugiés dans l’enceinte de l’église catholique, où ils ne reçoivent que très peu d’assistance des organisations humanitaires.
« Des hommes armés ont tiré en l’air autour de notre ambulance alors que nous tentions de transférer un patient souffrant de diarrhée sévère à l’hôpitalIls étaient particulièrement nerveux et menaçants, et n’écoutaient rien », a expliqué Pelé, responsable infirmier de proximité à Bangassou, dans le sud-est de la RCA
Le 21 août, Pelé, le reste de l’équipe MSF et un patient ont été détenus plusieurs heures par ces hommes armés. « Au cours de l’année écoulée, nous avons pris en charge des patients qui s’étaient fait tirer dessus, poignarder, battre, brûler vifs dans leurs maisons ou violer En 2017, nous avons connu des niveaux de violence à l’encontre de la population civile centrafricaine équivalents aux mois les plus sanglants du conflit de 2013-14 », a expliqué Frédéric Lai Manantsoa, chef de mission de MSF en RCA en 2017
Près de quarante attaques contre des structures médicales, des véhicules et des membres du personnel de santé
Comme leurs patients, les équipes de MSF en Centrafrique ont non seulement entendu des histoires terribles de la bouche de leurs patients mais elles ont aussi fait personnellement l’expérience des violences dans l’ensemble des projets de MSF dans le pays au cours de l’année 2017.
« En 2017, l’association a été victime de trois attaques par mois en moyenne, perpétrées contre ses structures médicales, ses véhicules et son personnel. Ces attaques et les nombreuses exactions commises à l’encontre de la population civile et des organisations humanitaires dans d’autres régions du pays ont fait de la RCA l’un des pays les plus dangereux du monde pour les travailleurs humanitaires en 2017 », d’après l’ONG  INSO citée par MSF.
À la fin de l’année, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) a recensé un nombre record de personnes déplacées dans le pays depuis le début de la crise en 2013 : 688 000, sans compter les quelque 540 000 personnes désormais réfugiées dans les pays voisins. 
Des milliers de personnes privées de soins médicaux
Depuis le début de cette vague de violences, MSF informe que son équipe prend en charge les blessés ainsi que les femmes enceintes et les personnes souffrant de maladies chroniques ou évitables dont l’état s’est dégradé à cause du conflit car ils ne parviennent plus à atteindre les structures de santé à temps.
En effet, ce regain de violences a eu un impact particulièrement fort sur l’accès de la population aux soins médicaux, en particulier des plus fragiles. Cet accès limité aux soins, ainsi que le manque de nourriture, d’eau, d’abris et d’éducation, ont placé la population dans une situation d’extrême vulnérabilité.
Les attaques perpétrées l’an dernier dénotent un mépris total des principes humanitaires qui rend très difficile la négociation au quotidien de nos équipes pour apporter des secours aux populations qui en ont besoin. Dans certaines villes, telles que Bangassou, les violences et l’insécurité ont atteint de tels niveaux que MSF a été contrainte de suspendre ses activités.
2018: regain de violences et aucun endroit sûr où se réfugier
Les signes ne sont pas encourageants pour l’année qui vient de débuter. « Le système de santé est presque entièrement à l’arrêt,. Nombreux sont ceux qui risquent de mourir de maladies évitables telles que le paludisme, la diarrhée et les infections respiratoires, les trois principales causes de décès d’enfants de moins de cinq ans dans le pays », a expliqué Christian Katzer, responsable des opérations de MSF pour la RCA.
2018 a débuté par une autre flambée de violences, cette fois en périphérie de Paoua et dans la ville voisine de Markounda, dans le nord-ouest du pays. Une dizaine de blessés ont été pris en charge à l’hôpital de Paoua.
Ils ont fait part d’attaques aveugles, de villages incendiés et d’un grand nombre de morts et de blessés restés en brousse. Ces violences ont poussé 66.000 personnes à fuir vers la ville de Paoua et 20 000 autres à traverser la frontière avec le Tchad pour échapper aux tirs, aux viols et aux pillages.
Jusqu’à aujourd’hui,  MSF estime 2018 ne semble pas laisser de répit à la population centrafricaine qui ne dispose d’aucun endroit sûr où se réfugier.
L’auteur de l’article :
Erick NGABA est ressortissant du Département des Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Bangui où il a obtenu sa licence professionnelle en Journalisme. Free-lance, il est le Directeur de Publication et Webmaster de ce site d’informations. Courrier : doctarngaba@gmail.com , +236 72614325

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