Par Mamadou NGAINAM
Bangui 9 janvier 2025—(Ndjoni Sango) : À Bangui, certaines résidences suscitent plus de questions que de réponses. L’une d’elles qui est aujourd’hui au cœur de rumeurs persistantes et de débats feutrés dans les milieux politiques et diplomatiques centrafricains, est la résidence occupée par l’ambassadeur de l’Union européenne en République centrafricaine.
Selon plusieurs sources concordantes à Bangui, cette maison appartiendrait à Anicet Georges Dologuélé, ancien Premier ministre et candidat malheureux à la dernière élection présidentielle. Une information qui, en soi, ne serait inhabituelle, des diplomates louent régulièrement des résidences privées dans les pays où ils sont accrédités. Mais dans le contexte politique centrafricain, cette situation soulève de lourdes interrogations.
D’après ces sources non officielles, la résidence aurait été construite à une époque où Anicet Georges Dologuélé était aux responsabilités étatiques. Or, son passage à la tête du gouvernement reste associé, dans l’opinion publique, à l’épisode controversé des « 10 % », surnom donné à des pratiques présumées de rétrocommissions dénoncées depuis des années par ses adversaires politiques.
C’est précisément ce passé politique et ces accusations non jugées qui nourrissent aujourd’hui la controverse. Certains acteurs de la société civile et du monde politique s’interrogent ouvertement sur des fonds européens, à travers le paiement du loyer de la résidence diplomatique, qui pourraient indirectement bénéficier à un acteur politique de l’opposition centrafricaine.
Des rumeurs, difficiles à vérifier de manière indépendante, évoquent même des modalités de paiement opaques, allant jusqu’à parler de remises d’argent en liquide. Face à ces allégations, une question centrale demeure.
Le loyer payé par la délégation de l’Union européenne est-il conforme aux procédures administratives, financières et comptables en vigueur à Bruxelles et à Bangui ? Existe-t-il un contrat de location transparent, traçable et auditable ?
Au-delà du cas personnel de Dologuélé, cette affaire potentielle touche à un enjeu de crédibilité de l’Union européenne, qui se présente comme un partenaire clé de la bonne gouvernance, de la lutte contre la corruption et de la transparence financière en République centrafricaine.
Dans un pays où la défiance envers les élites politiques et certaines puissances étrangères reste forte, toute ambiguïté alimente les soupçons et fragilise la confiance.
À ce jour, ni la délégation de l’Union européenne en RCA ni Anicet Georges Dologuélé n’ont officiellement répondu à ces interrogations. Or, une clarification publique, documents à l’appui, permettrait de dissiper les doutes et d’éviter que ces soupçons ne prospèrent dans l’opinion.
Dans un contexte post-électoral sensible, où chaque geste est scruté, la transparence n’est plus une option, mais une nécessité politique et morale.
Affaire à suivre.








































