RCA: quand l’intérim vire à l’abus de pouvoir à la mairie de Bangui

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Léontine Yangba Weyebonna-Bona, Maire de Bangui par intérim.

Par Mamadou NGAINAM

Bangui 12 janvier 2026—(Ndjoni Sango): Par arrêté du ministère de l’Administration du Territoire, de la Décentralisation et du Développement local, Léontine Yangba Weyebonna-Bona, première vice-présidente de la Délégation spéciale, a été désignée pour assurer l’intérim du président de la Délégation spéciale de la ville de Bangui, Émile Gros Raymond Nakombo, mis en disponibilité.

Cette mise en disponibilité provisoire du patron de la Mairie de Bangui, est une décision administrative classique, censée garantir la continuité du service public. Mais sur le terrain, cet intérim soulève de sérieuses interrogations quant à un abus du pouvoir qui se développe au sein de l’administration.

Selon de nombreux agents municipaux, les premières semaines de cette gestion intérimaire ont été marquées par une série de décisions jugées brutales, unilatérales et disproportionnées.

Des cessations de fonctions, des licenciements et une révision des rémunérations ont été opérés sans concertation préalable, ni communication officielle claire sur les fondements juridiques de ces mesures.

D’après les informations recueillies auprès du personnel, près de 60 agents municipaux auraient perdu leur emploi, plongeant autant de familles dans une précarité soudaine. Une situation d’autant plus préoccupante que ces décisions interviennent dans un contexte socio-économique déjà fragile, où l’emploi public constitue souvent la seule source de revenus stables.

Par ailleurs, la révision salariale présentée comme une simple «harmonisation» suscite une vive polémique. Si certains agents affirment avoir subi des baisses significatives de salaire, d’autres dénoncent des augmentations ciblées, notamment au profit de responsables occupant des postes stratégiques, en particulier au niveau du Secrétariat général. Une redistribution jugée inéquitable et contraire au principe d’équité administrative.

Or, en droit administratif, un intérim n’a pas vocation à engager des réformes structurelles profondes ni à bouleverser durablement l’organisation d’une institution. Il s’agit d’une gestion des affaires courantes, dans l’attente du retour ou du remplacement définitif du titulaire. Or, les mesures prises par Léontine Yangba Weyebonna-Bona apparaissent, aux yeux de nombreux observateurs, comme allant bien au-delà de ce cadre.

L’absence de note explicative officielle détaillant les objectifs poursuivis, le fondement légal des décisions et leur impact social renforce le malaise. À ce jour, aucune communication institutionnelle n’a permis d’éclairer l’opinion publique ni de rassurer les agents concernés.

Léontine Yangba Weyebonna-Bona est appelée à assurer cet intérim pour une durée de trois mois. Trois mois qui s’annoncent décisifs, tant pour la stabilité administrative de la ville de Bangui que pour la crédibilité de la gouvernance locale.

Face à la montée des frustrations, une question centrale est de savoir si l’intérim doit être un instrument de continuité ou un prétexte à des règlements de comptes et à des décisions irréversibles.

À défaut de clarification rapide des autorités de tutelle, le risque est grand de voir s’installer un climat de défiance durable entre l’administration municipale et ses agents, au détriment du service public et des citoyens de Bangui.