RCA: que retenir de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation après sept ans de mise en œuvre?

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paraphe de l'accord de paix par le président centrafricain F. A. Touadera à Khartoum à côté du président soudanais Oumar El Bechir
paraphe de l'accord de paix par le président centrafricain F. A. Touadera à Khartoum à côté du président soudanais Oumar El Bechir

Par Alfred Ronys Yemetchipa
Bangui 6 février 2026 – (Ndjoni Sango): Signé le 6 février 2019 à Bangui, l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine (APPR-RCA) demeure l’un des jalons majeurs du processus de sortie de crise qu’a connu le pays. Conclu avec 14 groupes armés, à l’issue des négociations de Khartoum (Soudan) sous l’égide de l’Union africaine (UA) et avec l’appui des Nations unies, cet accord visait à mettre un terme à plus de six années de conflits armés ayant profondément fragilisé l’État et le tissu social centrafricain.

L’APPR-RCA a été conçu comme un cadre global et inclusif, porteur d’objectifs ambitieux, dont cessation des hostilités, renonciation à la violence armée, mise en œuvre du Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement (DDRR) des ex-combattants, création de structures mixtes de sécurité, restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national, promotion de la justice, de la cohésion sociale et d’une gouvernance inclusive.

Sept ans après sa signature, plusieurs avancées notables sont à relever. Le programme DDRR constitue l’un des volets les plus visibles de la mise en œuvre de l’accord. Des milliers de combattants ont été désarmés et démobilisés, certains intégrés dans les forces régulières, d’autres réinsérés dans la vie socio-économique.

Au fil des années, plusieurs groupes armés signataires ont procédé à leur dissolution officielle, notamment les Anti-balaka (aile Ngaïssona) et le Mouvement révolutionnaire pour la justice (MRJ), marquant une évolution significative dans la dynamique de paix.

Dans cette même dynamique, les efforts de revitalisation du processus ont porté leurs fruits. En 2025, deux groupes armés majeurs, l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) et Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R), ont signé des accords avec le gouvernement centrafricain et annoncé leur dissolution effective, dans le cadre d’un processus de paix élargi appuyé par l’Union africaine.

Ces initiatives ont produit des effets tangibles sur le terrain. Dans plusieurs régions du pays, la mise en œuvre de l’APPR-RCA a permis de réduire les violences intercommunautaires, de favoriser la libre circulation des personnes et des biens, et d’améliorer sensiblement la situation sécuritaire comparativement aux périodes de violences généralisées antérieures.

Aujourd’hui, sept ans après son adoption, l’APPR-RCA demeure le cadre central du processus de paix en République centrafricaine. Les récentes dissolutions de groupes armés et le renforcement des mécanismes de suivi témoignent de la capacité de l’accord à évoluer et s’adapter aux réalités du pays.

Toutefois, la consolidation d’une paix durable et inclusive exige un engagement continu des autorités centrafricaines, des anciens combattants, des communautés locales et des partenaires internationaux, notamment en matière de réconciliation profonde, de justice sociale, de lutte contre l’impunité et de développement socio-économique.