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RCA: journée mondiale du livre, la lecture des jeunes à la croisée des chemins

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Par Alfred Ronys Yemetchipa

Bangui 22 avril 2026 — (Ndjoni Sango) : À l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, célébrée chaque année le 23 avril à travers le monde, la question de la lecture chez les jeunes en République centrafricaines’impose une fois de plus comme un enjeu majeur.

Dans un pays où la jeunesse représente une part importante de la population, le rapport au livre demeure fragile. De nombreuses données éducatives indiquent que les jeunes, notamment ceux âgés de 15 à 24 ans, rencontrent encore des difficultés significatives dans la maîtrise de la lecture. Le taux d’analphabétisme reste élevé, limitant l’accès au savoir et freinant l’émergence d’une véritable culture de lecture.

Dans les établissements scolaires comme dans les quartiers de Bangui, le constat est souvent le même : les livres sont rares et difficilement accessibles. Les bibliothèques, lorsqu’elles existent, peinent à attirer un public jeune. « Les élèves viennent surtout pour les devoirs, rarement pour le plaisir », confie un enseignant.

Un responsable de bibliothèque locale abonde dans le même sens : « Nous manquons de livres récents et d’espaces adaptés pour accueillir les jeunes ».

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. La précarité économique empêche de nombreuses familles d’acheter des ouvrages, tandis que les crises successives ont fragilisé le système éducatif. À cela s’ajoute le déficit d’infrastructures culturelles, particulièrement en milieu rural, où l’accès au livre reste très limité.
« Quand un enfant n’a jamais eu un livre entre les mains à la maison, il est difficile de créer une habitude de lecture », souligne un instituteur à la retraite.

Par ailleurs, les habitudes des jeunes évoluent rapidement. L’essor des téléphones portables et des réseaux sociaux capte désormais une grande partie de leur attention, reléguant la lecture au second plan. Pour beaucoup, le livre reste associé aux obligations scolaires plutôt qu’au plaisir ou à la découverte.
« On préfère regarder des vidéos ou discuter en ligne. Lire demande plus d’effort », reconnaît Alain, élève au lycée Barthélémy Boganda.

Malgré ce tableau préoccupant, des initiatives locales tentent d’inverser la tendance. Des associations organisent des clubs de lecture, des activités littéraires et des campagnes de sensibilisation pour redonner goût aux livres. « Nous essayons de montrer aux jeunes que lire peut être un plaisir, pas seulement une obligation scolaire », explique un professeur de français.

Au-delà de la célébration symbolique, la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur apparaît ainsi comme une opportunité de repenser les politiques publiques en matière d’éducation et de promotion de la lecture. Car investir dans le livre, c’est investir dans l’avenir d’un pays en quête de développement et de transformation durable.