Par Juste MBANGO
Bangui 7 mai 2026—(Ndjoni Sango): Avec Anicet-Georges Dologuélé, la scène politique centrafricaine semble condamnée à tourner en boucle. À chaque revers, le même scénario revient : indignation, dénonciation et posture victimaire soigneusement entretenue devant les caméras. Sa récente sortie médiatique au sujet de la confiscation de son passeport diplomatique à l’aéroport de Bangui n’aura échappé à personne. Mais derrière l’émotion affichée, une question demeure : peut-on sérieusement se présenter comme victime d’une situation dont on connaît parfaitement les implications juridiques ?
L’ancien Premier ministre feint aujourd’hui de découvrir une réalité pourtant limpide depuis des décennies. Le droit centrafricain n’a jamais laissé de place au doute concernant la question de la nationalité. La Constitution du 30 août 2023, dans la continuité du code de nationalité de 1961, consacre le principe de l’exclusivité de la nationalité centrafricaine. Quiconque acquiert volontairement une autre nationalité perd automatiquement celle de la République centrafricaine. Cette règle n’a rien de nouveau, encore moins de personnel contre M. Dologuélé.
Or, en homme d’État expérimenté, il sait pertinemment que le renoncement à une nationalité étrangère n’entraîne pas automatiquement la restauration de la nationalité centrafricaine. Une procédure de réintégration existe et doit être respectée. Mais plutôt que d’emprunter cette voie administrative, l’opposant préfère transformer une conséquence juridique prévisible en affaire politique nationale. Une stratégie désormais familière : déplacer le débat du terrain du droit vers celui de l’émotion.
Comme à son habitude, Dologuélé n’a pas tardé à invoquer la « dictature » du président Faustin Archange Touadéra. Une accusation devenue presque mécanique chez certains acteurs politiques en manque d’arguments convaincants. Pourtant, les faits résistent difficilement à cette rhétorique alarmiste. Dans quel régime dictatorial un opposant peut-il librement présenter sa candidature à l’élection présidentielle, battre campagne sur l’ensemble du territoire, accéder aux médias et contester publiquement les institutions sans être inquiété ?
Dologuélé a participé au scrutin présidentiel, sa candidature a été validée par les juridictions compétentes et les électeurs ont tranché. Le verdict des urnes lui a été défavorable. Transformer un échec électoral en preuve de dictature relève davantage du refus d’accepter la réalité politique que d’une véritable démonstration démocratique.
L’ancien chef du gouvernement semble également reproduire une méthode désormais bien rodée : préparer à l’avance le terrain de la contestation. Cette fois encore, il évoque la disparition supposée de procès-verbaux dans sa circonscription de Bocaranga. Une manière subtile de jeter le discrédit sur le processus avant même la proclamation définitive des résultats. Pourtant, les précédentes élections avaient déjà donné lieu aux mêmes accusations prématurées, rapidement recadrées par les autorités électorales.
Le plus surprenant reste toutefois la contradiction évidente dans son discours. D’un côté, il affirme être traité comme un apatride ; de l’autre, il reconnaît avoir circulé et fait campagne avec des documents d’identité centrafricains. Si l’administration lui refusait réellement toute qualité de citoyen, comment expliquer qu’il demeure inscrit sur les listes électorales et continue de bénéficier de droits civiques ? Cette incohérence affaiblit considérablement la crédibilité de son argumentaire.
Quant aux accusations visant les déplacements du président Touadéra dans la région de Bocaranga, elles relèvent davantage de l’interprétation politique que de faits établis. Voir dans chaque déplacement officiel du chef de l’État une opération personnelle dirigée contre lui traduit surtout une tendance persistante à ramener toute l’actualité nationale à son propre cas.
À force de dénoncer des complots à chaque difficulté, Anicet-Georges Dologuélé donne le sentiment de s’enfermer dans une posture d’opposant perpétuellement frustré. Le pays, lui, fait face à des défis autrement plus urgents : sécurité, développement, emploi, infrastructures, conditions de vie des populations. Les Centrafricains attendent des propositions, des solutions et une vision d’avenir, non des querelles administratives transformées en drame politique.
Il appartient désormais à l’ancien Premier ministre de choisir entre la posture victimaire permanente et le respect des procédures qu’impose l’État de droit qu’il dit défendre. Car en démocratie, la loi s’applique à tous, y compris à ceux qui aspirent à gouverner les autres.








































