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Le marché est fait, l’argent est dépensé: un cabinet malien a cartographié la diaspora centrafricaine à la place des Centrafricains

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Le drapeau de la RCA qui flotte

Par Juste MBANGO

Bangui 15 septembre 2026—(Ndjoni Sango) : Avant que le rapport final du PNUD ne soit publié et ne devienne une référence officielle servant à orienter les politiques publiques du pays, des questions fondamentales s’imposent. Notre rédaction a consulté le document officiel signé par la Représentante Résidente du PNUD. Ce qu’il révèle mérite d’être porté à la connaissance des Centrafricains.

Le document est daté du 20 janvier 2026. Il porte l’en-tête du Programme des Nations Unies pour le Développement et de la Banque Africaine de Développement. Il est signé électroniquement par la Représentante Résidente du PNUD en République Centrafricaine, Zahira Virani, le 30 janvier 2026. Il s’intitule sans ambiguïté : « Termes de Référence — Recrutement d’un Cabinet de consultance ayant une expertise internationale pour la réalisation de la cartographie des talents et des investisseurs des Centrafricains de l’étranger ».

Ce texte constitue le cahier des charges officiel du marché de cartographie de la diaspora centrafricaine, passé dans le cadre du Projet d’Appui à l’Inclusion Socioéconomique par l’Entrepreneuriat et la Mobilisation de la Diaspora — le PAISEMD —, un projet financé à hauteur de 2,2 millions de dollars par la BAD et le PNUD. C’est sur la base de ce document que le Cabinet Sankore Institute, basé à Bamako au Mali, a été recruté pour mener cette mission. La mission est terminée. L’argent a été versé. Le rapport final est attendu. Et c’est précisément maintenant, avant que ce document soit validé et publié comme référence officielle de la politique diaspora de la République Centrafricaine, que les questions doivent être posées.

Un projet pour valoriser la diaspora, confié à un cabinet étranger

La contradiction est inscrite dans le document lui-même. Le contexte et la justification des Termes de Référence sont limpides : la diaspora centrafricaine constitue « un vivier stratégique de ressources humaines et financières ». La finalité du projet est d’identifier les talents centrafricains à l’étranger, de cartographier leurs compétences et leurs réseaux, pour mieux les intégrer dans les politiques de développement national. Le message est clair, l’ambition est réelle.

Mais pour accomplir cette mission — comprendre qui sont ces Centrafricains de l’étranger, ce qu’ils savent faire, ce qu’ils peuvent apporter à leur pays —, le PNUD a lancé un appel d’offres ouvert à des cabinets disposant d’une « expertise internationale ». Le marché a été remporté par un cabinet malien. Aucun cabinet centrafricain ne figure dans les documents disponibles.

La République Centrafricaine dispose pourtant de chercheurs, d’économistes et de statisticiens formés dans les meilleures universités africaines et européennes. Beaucoup constituent précisément cette diaspora que le projet prétend mobiliser. D’autres exercent à Bangui au sein de structures académiques et de bureaux d’études compétents. La question qui s’impose, et à laquelle personne n’a encore répondu publiquement, est simple : ont-ils pu soumissionner dans des conditions équitables ? Et si oui, pourquoi n’ont-ils pas été retenus ?

« On nous demande de faire confiance au système, d’y mettre notre argent, nos compétences. Mais quand il s’agit de comprendre qui nous sommes et ce que nous pouvons apporter, on confie ça à quelqu’un d’autre. Comment voulez-vous que ça fonctionne ? », un cadre centrafricain du secteur financier, établi en Europe, joint par notre rédaction.

Cette incompréhension est partagée par plusieurs membres de la diaspora contactés par notre rédaction. Pour eux, l’écart entre le discours institutionnel — valoriser les Centrafricains — et la pratique concrète — confier leur cartographie à des étrangers — n’est pas un détail administratif. Il conditionne leur confiance dans les institutions et, en définitive, leur disposition à s’engager durablement pour leur pays.

Ce que le contrat exigeait — et ce que l’on attend

Les Termes de Référence fixent des obligations précises. Le premier livrable devait intégrer « le plan d’échantillonnage, appliqué dans au moins cinq pays à forte densité de présence de la diaspora centrafricaine ». Le document exige une « démarche méthodologique rigoureuse et conforme aux standards internationaux » ainsi que des « données statistiques fiables et représentatives ». Il réclame des analyses comparatives par pays, par région, par sexe, par âge et par secteur d’activité. Il impose la production de cartes géographiques, d’infographies et de tableaux de bord interactifs.

Le contrat prévoyait également la présence d’un « consultant national » au sein de l’équipe du cabinet, valorisé à 15 points sur 40 dans la grille d’évaluation technique, avec pour mission d’apporter « la connaissance du contexte centrafricain et de la mobilisation communautaire ». Est-il de nationalité centrafricaine ? Dispose-t-il réellement de cette connaissance du terrain ? Les documents disponibles ne permettent pas de répondre avec certitude. Les autorités centrafricaines, elles, le peuvent — et le devraient.

Le rapport final qui sera bientôt publié devra répondre à une exigence fondamentale : ce qui a été livré correspond-il à ce qui avait été commandé et payé par les fonds du projet ? La vérification de cette conformité est la responsabilité première du PNUD en tant que maître d’ouvrage, et des autorités centrafricaines en tant que partenaires institutionnels co-signataires de ce projet.

Les données personnelles des Centrafricains: entre quelles mains ?

Des centaines de Centrafricains de l’étranger ont répondu à l’enquête de ce cabinet malien. Ils ont communiqué des informations personnelles sensibles — leur pays de résidence, leur statut migratoire, leurs revenus, leur secteur d’activité, les montants qu’ils transfèrent vers le pays, leurs réseaux associatifs et professionnels. Ces données sont désormais entre les mains d’un prestataire privé étranger dont la mission est officiellement terminée.

Or les Termes de Référence officiels du PNUD ne comportent aucune clause de protection de ces données personnelles. Aucun protocole de conservation n’y est prévu. Aucune date de destruction. Aucun droit d’accès pour les personnes interrogées. Le contrat mentionne bien une clause de confidentialité, mais elle protège le projet contre les fuites — pas les individus contre l’usage abusif de leurs informations.

Le système des Nations Unies s’est engagé à des standards élevés en matière de protection des données personnelles, particulièrement lorsqu’il s’agit de populations vulnérables. Les Centrafricains de l’étranger, dont une large part a un statut de réfugié ou de migrant, entrent dans cette catégorie. L’absence de toute mention de protection dans ce contrat est une lacune grave que le PNUD doit expliquer publiquement.

Une anomalie budgétaire dans un document signé au plus haut niveau

La Demande de Service interne du PNUD, datée du 29 janvier 2026 et cosignée électroniquement par la Représentante Résidente Zahira Virani, le Représentant Résident Adjoint Mactar Fall, la Team Leader de l’unité Oversight Euphrasie Kouame et l’Operations Manager Esther Sike, mentionne un montant budgétisé de 30 000 XAF pour cette mission. Trente mille francs CFA. L’équivalent de quarante-cinq euros environ, pour une mission internationale de quarante-cinq jours ouvrables censée couvrir la diaspora centrafricaine sur cinq continents.

Il s’agit vraisemblablement d’une erreur d’imputation dans le système de gestion financière interne du PNUD. Mais ce document a été signé tel quel par quatre responsables institutionnels de rang élevé, sans que l’anomalie ne soit relevée ni corrigée. Quel est le montant réel de ce contrat ? La diaspora centrafricaine, dont les fonds de développement financent indirectement ce type de projet, a le droit de le savoir.

Avant la publication: il est encore temps

Le rapport final n’est pas encore publié. C’est maintenant que les institutions centrafricaines peuvent peser. Une fois le document validé et publié comme référence officielle de la politique diaspora de la RCA, il sera beaucoup plus difficile — et coûteux — de revenir en arrière.

Les Termes de Référence sont clairs sur le rôle du Ministère des Affaires Étrangères : il « veillera au respect des termes de références y compris le respect du calendrier de travail ». Cette responsabilité de surveillance contractuelle n’est pas symbolique. Elle donne aux autorités centrafricaines le droit et le devoir de vérifier formellement, avant toute validation finale, que chaque exigence du cahier des charges a été respectée.

Cela inclut la représentativité géographique de l’échantillon, la rigueur de la méthodologie employée, la qualification réelle du consultant dit « national », et les garanties apportées à la protection des données personnelles des Centrafricains ayant participé à l’enquête. Cela inclut également une transparence totale sur la procédure de sélection du cabinet retenu : combien de candidats ont soumissionné, quels étaient leurs scores dans la grille d’évaluation, et pourquoi un cabinet malien a-t-il été préféré à d’éventuels candidats centrafricains.

Un signal qui dépasse ce seul projet

Le PAISEMD est un projet ambitieux dont les objectifs sont légitimes. Des résultats concrets ont été obtenus — des missions médicales organisées, des équipements acheminés depuis l’étranger grâce à la mobilisation de médecins centrafricains de la diaspora. Ces acquis méritent d’être reconnus.

Mais un projet de développement qui proclame vouloir valoriser les compétences centrafricaines, et qui confie simultanément à un prestataire étranger la mission de les identifier, envoie un signal contradictoire qui dépasse le seul PAISEMD. Il illustre une logique plus profonde, bien documentée sur le continent : celle où la connaissance de soi est produite par d’autres, où les marchés intellectuels échappent aux nationaux, où l’expertise locale est supposée insuffisante jusqu’à preuve du contraire.

Cette logique a un coût. Elle prive les chercheurs et experts centrafricains de références professionnelles reconnues. Elle prive le pays d’une appropriation réelle des données produites sur sa propre population. Et elle prive la diaspora d’un signal clair : que ses compétences sont attendues, y compris pour les missions qui la concernent directement.

La prochaine cartographie de la diaspora centrafricaine doit être faite par des Centrafricains, ou avec eux au premier rang. Ce n’est pas une question de nationalisme étroit. C’est une question de cohérence, de souveraineté et de bon sens.

Notre prochain article. Dès la publication du rapport final, notre rédaction en analysera le contenu au regard des exigences contractuelles du PNUD. Nous dirons si ce qui a été livré correspond à ce qui était commandé, et si les deniers publics engagés dans ce projet ont été utilisés à la hauteur des ambitions affichées. À suivre.

Note de la rédaction. Cet article est fondé sur le document officiel intitulé « Demande de Service DS N°003/01/26 du 29/01/2026 » et ses Termes de Référence annexés, signés électroniquement via DocuSign (Envelope ID : D8ED4BBC-CD06-434F-B556-56D0FF98A1A8) par les responsables du bureau PNUD en République Centrafricaine. Ce document a été transmis à notre rédaction par des sources qui ont requis l’anonymat. Leur identité ne sera pas divulguée. Le PNUD-Bangui a été sollicité pour un droit de réponse. Sans retour à la date de bouclage.

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