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Mercure Logistics au cœur d’un scandale de harcèlements sexuels en Centrafrique

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La victime Samantha Olivia Nimanga et le DG Mercure Logistics Centrafrique, Yael Trad @image Erick NGABA
La victime Samantha Olivia Nimanga et le DG Mercure Logistics Centrafrique, Yael Trad @image Erick NGABA

Par Erick NGABA

Bangui 24 avril 26—(Ndjoni Sango): L’affaire Samantha Olivia Imanga qui continue de faire débat sur les réseaux sociaux en Centrafrique est un cas révélateur d’un malaise profond dans les administrations publiques et privées du pays. Elle pose la question de la protection réelle des travailleurs et plus particulièrement des femmes en République centrafricaine, face aux actes de harcèlement sexuel.

Selon son témoignage dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, cette ancienne employée de Mercure Logistics a été licenciée quelques jours après avoir révélé au Directeur des ressources humaines de la société, les harcèlements sexuels répétés dont elle aurait été victime, pointant du doigt accusateur le Directeur technique, Abou Mohamed, cousin du Directeur général de Mercure Logistics, Yael Trad.

Les faits décrits par Samantha Olivia Nimanga, en plus de harcèlement sexuel, évoquent aussi des pressions psychologiques, humiliations publiques, entre autres que subissent les employés. D’après elle, son licenciement a comme motif camouflé « défaut de moralité ».

Une justification qui interroge autant qu’elle indigne. Au-delà du cas individuel, Samantha Olivia Imanga décrit un climat délétère au sein de l’entreprise, notamment licenciements arbitraires, marginalisation des employés locaux, et sentiment d’injustice face à une supposée préférence accordée à des travailleurs étrangers. Si ces allégations restent à établir, elles alimentent un malaise social déjà latent dans un pays où l’emploi formel est rare et précieux.

Versions des faits du côté de Mercure Logistics

Pour la manifestation de vérité, la rédaction de Ndjoni Sango s’est rendue au bureau de Mercure Logistics où une interview a été accordée par le Directeur des ressources humaines de la société.

«Elle travaillait ici comme secrétaire. Les conditions de travail n’étaient pas réunies. Mais elle continue à travailler. Ensuite est arrivé l’épisode du changement de contrat qui est intervenu, je pense à la fin du mois de 30 Avril 2026. Son contrat a pris fin simplement parce que nous nous sommes rendu compte qu’il y avait quatre secrétaires sur le même poste qui n’avaient même pas d’ordinateur, mais rien de concret à faire. Ça représentait une charge importante pour l’entreprise. Et à cela s’ajoutent certains comportements un peu non respectueux des règles. Je pense que cette fille, Centrafricaine, a été sous le choc du licenciement et elle a profité des réseaux sociaux pour dire tout ce qu’elle avait sur le cœur. Néanmoins, je ne suis pas Dieu pour savoir si elle était harcelée ou pas. Mais si tel est le cas, il faut aller porter plainte et demander à la justice de dire le droit par rapport à ça. Ce n’est pas à moi de dire le droit, je ne fais que prendre acte, corriger, mais il faut porter plainte. C’est ce que je reproche à ma petite sœur là, qu’il faut porter plainte parce que d’autres sœurs continuent à être dans la société», a expliqué Ngarso Sorongopé, Directeur des ressources humaines de Mercure Logistics.

Plusieurs cas de comportements à Mercure Logistics

La direction des ressources humaines de Mercure Logistique tente de nuancer, évoquant notamment des sanctions déjà prises contre certains expatriés pour comportements inappropriés.

Reconnaissant par ailleurs qu’aucun système n’est parfait dans ce monde, le Responsable des ressources humaines a rappelé un autre cas de rapatriement de deux libanais de cette société pour des motifs de comportements déplacés.

«Je tiens à mettre en avant également, moi qui suis centrafricain, je répète encore, aucun système n’est parfait, mais je me bats pour que les règles de notre pays soient respectées. Je pense qu’au mois d’août 2023, j’étais le seul Centrafricain à licencier deux sujets libanais, simplement parce qu’ils ont eu des propos ou des comportements déplacés par rapport à des Centrafricains. Et le DG leur a payé les billets d’avion de retour au Liban. Encore pour aller plus loin, je crois, il n’y a même pas deux semaines, j’ai mis un Libanais dans un avion parce que j’ai eu le soupçon qu’il aurait tenté de coucher avec une ménagère. Tout ça pour vous dire que, pour que les concernés se plaignent», a martelé le Directeur des ressources humaines.

Un argument qui, loin de clore le débat, confirme plutôt que ces dérives existent bel et bien. Comme le cas Samantha, une autre employée de Mercure a fait de dénonciation auprès de  l’inspection du travail des cas de harcèlement sexuel dont elle aurait été victime pendant plusieurs années de service.

«J’ai même vu un cas aujourd’hui, je vous le dis, je dis ça parce que tout arrive en même temps. Une femme qui nous a convoqués à l’inspection du travail pour dire, bon, je suis victime d’harcèlement sexuel depuis 2024, 2023. Mais aujourd’hui, j’ai décidé de démissionner parce qu’on m’a demandé deux ou trois explications sur mes absences. Et je crois que ça va débouler sur un licenciement. Vous voyez. Au même moment, voilà. Moi, je suis allé là-bas, je lui ai dit deux choses simples. J’ai dit, ça, c’est du pénal, c’est très grave. Moi, je m’occupe du contact social. Il faut faire le signalement pour aller porter plainte. Oui, on ne peut pas mélanger les choses comme ça et au même moment», a expliqué Ngarso Sorongopé.

Le fait qu’une autre employée ait également saisi l’inspection du travail pour des faits similaires renforce l’hypothèse d’un problème structurel au sein de cette entreprise. Cette affaire amène à s’interroger si les dispositifs juridiques et institutionnels en République centrafricaine sont réellement capables de protéger les victimes de harcèlement en milieu professionnel. Ou bien, on assiste à une banalisation silencieuse de pratiques abusives, faute de sanctions exemplaires.

Indignations des défenseurs des droits de la femme

Face à la gravité de ces allégations, les réactions n’ont pas tardé. Des voix issues de la société civile, dont celle de Portia Deya Abazene, présidente de la Fédération des Associations femmes entrepreneures de Centrafrique (FAFECA), dénoncent une pratique systémique.

«Ce que Samantha a vécu est le miroir d’une réalité brutale que nous sommes trop nombreuses à connaître. Le Harcèlement comme outil de pouvoir : On nous fait croire que notre corps est le prix à payer pour notre carrière. C’est un crime, pas une règle de gestion. Le licenciement « sanction ». Être jetée à la porte sous prétexte d’une « mauvaise moralité » après avoir défendu son intégrité est l’injustice suprême. C’est une tentative de nous détruire socialement après nous avoir brisées professionnellement. Le travail doit être un chemin vers la liberté, pas une prison de harcèlement. Samantha Olivia Imanga a eu le courage que je n’ai pas eu à l’époque. Mon échec passé est devenu ma force d’aujourd’hui pour dire : PLUS JAMAIS ÇA. Que ce témoignage soit le début d’un grand réveil pour la justice sociale en République Centrafricaine», témoigne Portia Deya Abazene.

Au regard de la situation, le silence n’est plus une option. En appelant d’autres victimes à témoigner, Samantha Olivia Imanga transforme son combat individuel en cause collective. Reste désormais à savoir si les autorités sauront entendre les cris des victimes et surtout y répondre avec fermeté.