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Lettre ouverte à Janvier Ngawen, coordonnateur du PAISEMD

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Janvier Ngawen, coordonnateur du PAISEMD
Janvier Ngawen, coordonnateur du PAISEMD

LETTRE OUVERTE   |   Diaspora & Développement   |   Bangui, Septembre 2026

Bangui 24 septembre 2026–(Ndjoni Sango): Fondements documentaires de cette lettre : (1) Rapport d’évaluation du projet PAISEMD, Banque Africaine de Développement, référence P-CF-I00-006, approuve le 22 mars 2023, document public disponible sur www.afdb.org. (2) Termes de Reference du recrutement du cabinet de cartographie — Demande de Service DS N°003/01/26 du 29 janvier 2026, signes électroniquement via DocuSign, Envelope ID : D8ED4BBC-CD06-434F-B556-56D0FF98A1A8, PNUD-RCA.

A monsieur janvier Ngawen, coordonnateur du PAISEMD: vous êtes d’abord un centrafricain. Que se passe-t-il ?

A l’attention de Monsieur Janvier NGAWEN, Coordonnateur national du Projet PAISEMD « Projet d’Appui à l’Inclusion Socioéconomique à travers l’Entrepreneuriat et la Mobilisation de la Diaspora », Bangui, République Centrafricaine.

Copie : Ministère des Affaires Etrangères et des Centrafricains de l’Etranger | Banque Africaine de Développement | Primature de la République Centrafricaine | Société civile et diaspora centrafricaine

Monsieur Janvier NGAWEN, avant d’être le coordonnateur du PAISEMD, vous êtes centrafricain. Né de cette terre, fils de ce peuple, porteur de cette histoire commune, celle d’un pays qui souffre, qui résiste, qui espère. C’est à cet homme-là que nous nous adressons d’abord, avant de parler de rapports, d’indicateurs et de marchés publics.

Vous avez accepté de coordonner ce projet. Ce n’est pas rien. Dans un pays comme le nôtre, ou les ressources manquent, ou les institutions sont fragiles, ou les crises se succèdent, prendre en charge un projet de près de deux millions de dollars destine à mobiliser la diaspora centrafricaine, c’est une responsabilité immense. C’est aussi une occasion rare, celle de laisser une trace utile, de prouver qu’un Centrafricain peut gérer un projet de cette envergure avec rigueur, transparence et résultats.

Alors la question que nous vous posons n’est pas celle d’un adversaire. Elle est celle de compatriotes qui ont suivi ce projet de loin, qui ont espère avec lui, et qui aujourd’hui, au terme de trois années, ne savent toujours pas ce qu’il a produit de concret pour leur pays.

Le patriotisme ne se mesure pas aux discours. Il se mesure à ce que l’on fait ou à ce que l’on refuse de faire quand personne ne regarde. Quand on tient les cordons d’une bourse publique, quand on choisit à qui l’on confie les marches, quand on décide si les rapports seront rendus publics ou rangés dans un tiroir.

Vous avez coordonné un projet dont l’objet était de valoriser les compétences centrafricaines. La cartographie de la diaspora, la mission la plus stratégique de ce projet, documentée dans les deux sources citées en tête de cette lettre a été confiée à un cabinet malien. Des données personnelles de centaines de Centrafricains ont été collectées et remises à un prestataire étranger sans protocole de protection documenté. Aucun rapport public n’a été produit à destination du peuple centrafricain. La diaspora, celle-là même que le projet prétendait mobiliser, ignore pour l’essentiel que le PAISEMD a existé.

Nous ne disons pas que vous avez mal agi. Nous disons que nous ne savons pas. Et c’est précisément le problème. Un Centrafricain qui coordonne un projet pour la diaspora centrafricaine devrait être le premier à exiger que les comptes soient rendus à cette même diaspora. Pas parce qu’une institution internationale l’impose. Parce que c’est ce que ferait un patriote.

Sur la base des deux documents officiels cites en tête de cette lettre, tous deux publics, tous deux signés par des autorités institutionnelles, tous deux traçables, nous vous adressons les questions suivantes. Elles appellent des réponses factuelles, documentées et rendues publiques.

I. SUR L’IDENTITE ET LA VISIBILITE DU PROJET

Source : Rapport BAD P-CF-I00-006, Composante 1, Sous-composante 1.1 — activités de sensibilisation de la diaspora.

Question 1 — Combien de membres de la diaspora centrafricaine connaissent l’existence du PAISEMD ?

Le rapport d’évaluation de la BAD prévoit des campagnes de sensibilisation dans les pays d’accueil de la diaspora et la création d’une plateforme virtuelle d’enregistrement d’ici 2025. Quels pays ont été couverts ? Quels canaux ont été utilises ? Combien de membres de la diaspora ont été effectivement touches ? La plateforme virtuelle existe-t-elle, et si oui, où ?

II. SUR LA SELECTION DES CABINETS ET PRESTATAIRES

Source : Termes de Reference DS N°003/01/26 du 29/01/2026 — Section 10 (critères d’évaluation technique, grille de notation sur 100 points, pondération 70/30).

Question 2 — Comment le Cabinet Sankore Institute de Bamako a-t-il été sélectionné pour cartographier la diaspora centrafricaine ?

Les TDR fixent une grille d’évaluation sur 100 points (qualification 35 pts, personnel 40 pts, méthodologie 25 pts) et une pondération technique/financière de 70/30. Combien de cabinets ont soumissionne ? Des cabinets centrafricains ont-ils candidate ? Quels étaient leurs scores respectifs ? La connaissance du contexte centrafricain, critère de 10 points sur 15 pour le consultant national a-t-elle été vérifiée avant attribution ?

Question 3 — Quel est le montant réel du contrat de cartographie ?

La Demande de Service interne signée le 29 janvier 2026 mentionne un montant budgétisé de 30 000 XAF soit environ 45 euros pour une mission internationale de 45 jours. Ce chiffre est manifestement une erreur dans le document officiel signé par plusieurs responsables. Quel est le montant réel ? Sur quelle ligne budgétaire a-t-il été impute dans la Composante 1 du projet ?

III. SUR LES RESULTATS CONTRACTUELS

Source : Rapport BAD P-CF-I00-006, Section 7 — Cadre de résultats, indicateurs et cibles a l’achèvement du projet.

Question 4 — Les 800 emplois promis ont-ils été créés ?

Le cadre de résultats signé avec la BAD fixait une cible de 800 emplois créés grâce à la mobilisation de la diaspora d’ici 2025. Quel est le chiffre réel atteint ? Dans quelles zones Bangui, Ouaka, Haute Kotto et quels secteurs d’activité ? Ces emplois sont-ils documentés et vérifiables ?

Question 5 — Les 2 milliards de FCFA de ressources diaspora ont-ils été mobilisés ?

Le cadre de résultats prévoit la mobilisation de 2 milliards de FCFA de ressources financières de la diaspora d’ici 2025, vérifiable via la BEAC et le Ministère des Finances. Quel est le montant réel mobilise ? Les équipements médicaux acheminés en aout 2025 sont-ils comptabilisés dans ce total ?

Question 6 — La filière apicole a Bambari et Bria est-elle opérationnelle ?

Le cadre de résultats prévoit 100 jeunes et femmes formes dans la filière apicole, une start-up agropastorale opérationnelle en 2025, et 500 arbres mellifères plantes. Combien de ruches ont été installées ? Combien de kilogrammes de miel produits ? La start-up existe-t-elle ? Les associations OUALIKETTE et ARLYTECS mentionnées dans le rapport d’évaluation ont-elles effectivement participé ?

Question 7 — Quels ministères sectoriels ont reçu des experts de la diaspora ?

La sous-composante 1.1 du rapport BAD prévoyait le déploiement d’experts diaspora dans les ministères sectoriels Sante, Agriculture, Commerce, Economie numérique. La cible était 300 cadres de haut niveau et 700 techniciens qualifies mobilises d’ici 2027. Quels ministères ont accueilli ces experts ? Quels transferts de compétences sont documentés et vérifiables ?

IV. SUR LA QUALITE DES INTERVENTIONS MEDICALES

Source : Rapport BAD P-CF-I00-006, Composante 1, Sous-composante 1.1 — déploiement de l’expertise diaspora dans les projets en cours.

Question 8 — Pourquoi des médecins généralistes et non des spécialistes pour la campagne médicale ?

La RCA manque cruellement de cardiologues, neurologues, oncologues, néphrologues. La diaspora médicale centrafricaine compte pourtant de tels spécialistes. Le rapport d’évaluation de la BAD cite explicitement les médecins parmi les cadres de haut niveau à mobiliser. Sur quels critères les médecins déployés en septembre 2024 ont-ils été sélectionnés ? Pourquoi le profil spécialiste n’a-t-il pas été priorise ? Les 828 patients consultes ont-ils bénéficié d’un suivi médical après la mission ?

V. SUR LA TRANSPARENCE, LES RAPPORTS ET LES DONNEES PERSONNELLES

Source : Rapport BAD P-CF-I00-006, Section 4C — rapports trimestriels dans les 30 jours, rapport d’achèvement dans les 3 mois, revue à mi-parcours 2024.

Question 9 — Ou sont les rapports trimestriels du projet, accessibles au public ?

L’accord avec la BAD prévoit des rapports de suivi financier trimestriels dans les 30 jours suivant chaque trimestre. La revue à mi-parcours 2024 a-t-elle eu lieu ? Ces documents ont-ils été produits et transmis à la BAD ? Pourquoi ne sont-ils pas accessibles publiquement a la diaspora et au peuple centrafricain qui a financé ce projet ?

Question 10 — Que sont devenus les données personnelles des Centrafricains ayant participé à l’enquête de cartographie ?

Les TDR officiels (DS N°003/01/26) ne comportent aucune clause de protection des données personnelles des répondants. Des centaines de Centrafricains ont fourni leurs informations sensibles résidence, statut migratoire, revenus, réseaux à un prestataire privé étranger dont la mission est terminée. Sous quel protocole ces données sont-elles conservées ? Qui y a accès ? Quand seront-elles détruites ?

VI. LA DEMANDE D’AUDIT

Source : Rapport BAD P-CF-I00-006, Section 4C — l’accord prévoit que les conclusions des auditeurs externes seront communiquées a la Banque à la fin du projet.

Nous demandons formellement au gouvernement centrafricain de mandater un audit indépendant de l’ensemble des dépenses du PAISEMD, dont les conclusions seront rendues publiques dans leur intégralité montante par composante, cout exact de la cartographie, frais de coordination, conformité des livrables aux exigences contractuelles. Pres de deux millions de dollars ont été engagés au nom du peuple centrafricain. La redevabilité n’est pas une option.

MOT FINAL — A L’HOMME

Monsieur Janvier NGAWEN, vous avez eu entre les mains quelque chose de rare en République Centrafricaine : des ressources, une mission claire, et la confiance d’institutions internationales. Vous avez aussi la confiance potentielle de votre peuple.

Cette confiance se gagne dans les actes. Elle se gagne quand un coordonnateur centrafricain dit non à l’attribution d’un marché stratégique a un prestataire étranger sans justification solide. Elle se gagne quand il publie ses rapports sans y être contraint. Elle se gagne quand il protège les données personnelles de ses compatriotes avec plus de soin que ce qu’impose le minimum contractuel.

La diaspora centrafricaine ne vous demande pas d’être parfait. Elle vous demande d’être transparent. Elle vous demande de lui rendre des comptes pas parce qu’une institution internationale l’exige, mais parce que vous êtes centrafricain, et que c’est ce que l’on attend d’un compatriote qui a eu la chance et la responsabilité de servir.

Il n’est pas trop tard. Le rapport final du projet n’est pas encore publié. C’est maintenant que vous pouvez choisir le camp de la transparence. C’est maintenant que vous pouvez montrer ce que signifie être un Centrafricain patriote a la tête d’un projet international.

Notre prochain article : Dès la publication du rapport final de cartographie et du rapport d’achèvement du PAISEMD, nous en analyserons le contenu indicateur par indicateur. Nous dirons ce qui a été tenu et ce qui ne l’a pas été. A suivre.

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